Les usagers de la Route nationale numéro 1 (RN1), axe stratégique reliant Kinshasa à Tshikapa en passant par les provinces du Kwango, du Kwilu et du Kasaï, montent au créneau contre la prolifération des barrières routières, devenues, selon eux, de véritables postes d’extorsion d’argent.
Sur ce tronçon vital pour l’économie nationale, plus d’une cinquantaine – voire une centaine selon certaines sources – de barrières et postes de contrôle sont aujourd’hui recensés. Ces dispositifs, initialement destinés à assurer le contrôle, la sécurité et la régulation de la circulation, sont tenus par des agents de la Direction générale de migration (DGM), de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la Police nationale congolaise (PNC), ainsi que par des services de perception de taxes et redevances.
Dans la pratique, dénoncent les transporteurs, commerçants et chauffeurs de taxis, chaque barrière est synonyme d’arrêt forcé, de fouille systématique et de paiement exigé, souvent sans base légale claire. Plusieurs de ces postes opèrent dans l’informel total, en violation des textes réglementant l’installation des barrières et la perception des taxes sur les routes nationales.
Les témoignages recueillis auprès des usagers sont concordants : les montants exigés varient d’une barrière à une autre, et l’argent perçu n’est pas reversé dans les caisses de l’État. Pire encore, certains agents exigent la présentation de documents non obligatoires, notamment la carte d’électeur, comme condition de passage. En cas de non-présentation, le conducteur ou le passager est contraint de payer une somme arbitraire pour continuer son trajet.
Ces pratiques alourdissent considérablement les coûts de transport. Les commerçants expliquent que les sommes déboursées le long de la RN1 se répercutent directement sur le prix des denrées alimentaires et des marchandises, au détriment des populations locales déjà confrontées à un pouvoir d’achat faible.
Au-delà de l’aspect financier, plusieurs observateurs pointent un grave déficit de formation et de professionnalisme chez certains agents affectés à ces barrières. Beaucoup d’entre eux ne maîtrisent pas les textes qu’ils sont censés appliquer, ignorent l’organisation administrative de leurs propres services et peinent à reconnaître la valeur juridique de documents officiels, tels que les laissez-passer ou les plaques d’immatriculation spéciales.
Cette situation est jugée dangereuse pour la sûreté nationale, car elle ouvre la porte à toutes les dérives : circulation incontrôlée de personnes et de biens, usurpation d’identité, voire infiltration d’individus mal intentionnés sous couvert de faux statuts.
Appel aux autorités compétentes
Face à cette réalité, les usagers de la RN1 appellent les autorités nationales et provinciales à prendre leurs responsabilités. Ils exigent : le démantèlement des barrières illégales, la réduction et la rationalisation des postes de contrôle autorisés, le renforcement des capacités techniques, juridiques et éthiques des agents, et un contrôle strict des recettes perçues, afin qu’elles soient effectivement versées au Trésor public.
Pour les transporteurs, « on ne peut pas transformer une route nationale en un couloir de rançonnement ». La RN1, colonne vertébrale des échanges entre l’Ouest et le Centre du pays, devrait faciliter la circulation et le développement économique, et non devenir un frein supplémentaire pour les citoyens et les opérateurs économiques.
En attendant des mesures concrètes, la colère et le ras-le-bol des usagers ne cessent de grandir, le long de cet axe pourtant essentiel à la cohésion et à l’économie de la Rd Congo.
Bosco KIAKA

