La crise des réfugiés congolais au Burundi ne peut plus être considérée comme un simple épisode humanitaire parmi d’autres. Pour la Fondation Afrique, dirigée par Stéphane Muadi Van, il s’agit avant tout d’un signal fort de l’échec collectif à restaurer durablement la paix à l’Est de la République démocratique du Congo.
Alors que des milliers de Congolais continuent de fuir les violences attribuées aux groupes armés M23/AFC, les images relayées ces derniers jours par la MONUSCO ont mis en lumière des conditions de vie extrêmement précaires dans les camps d’accueil burundais : abris insuffisants, installations sanitaires limitées, pénuries alimentaires, accès restreint aux soins et système éducatif quasiment inexistant pour les enfants déplacés.Mais pour la Fondation Afrique, la question dépasse largement l’urgence humanitaire.
Selon Stéphane Muadi Van, la situation actuelle au Burundi est la conséquence directe d’une instabilité chronique qui dure depuis plus de trois décennies dans l’Est du pays.
« Tant que la guerre persiste, les réfugiés continueront d’affluer. Nous ne pouvons pas traiter uniquement les conséquences sans attaquer les causes profondes », affirme-t-il.
La Fondation Afrique estime que les plus de 200 000 Congolais réfugiés au Burundi symbolisent une crise structurelle de gouvernance sécuritaire et diplomatique dans la région des Grands Lacs. Parmi eux, une majorité d’enfants, de femmes et de personnes vulnérables qui vivent aujourd’hui dans l’incertitude totale.
La visite récente de la ministre congolaise des Affaires sociales dans les camps burundais et l’assistance apportée ont été saluées par l’organisation. Toutefois, la Fondation Afrique considère que ces actions restent ponctuelles et loin de répondre à l’ampleur des besoins.
Les pénuries rapportées – manque de nourriture de base, absence de matériel scolaire, carence en infrastructures sanitaires – traduisent, selon elle, une mobilisation encore trop limitée face à une catastrophe de grande ampleur.
« L’aide est importante, mais elle ne peut pas être une solution temporaire répétée. Nous avons besoin d’un plan stratégique global pour protéger nos populations », insiste Stéphane Muadi Van.
Dans son analyse, la Fondation Afrique met particulièrement l’accent sur la responsabilité première de l’État congolais. Si le rôle des Nations Unies et des partenaires internationaux est reconnu, l’organisation appelle Kinshasa à investir davantage de ressources propres dans la prise en charge des réfugiés et dans la sécurisation effective des territoires affectés.
Pour Stéphane Muadi Van, la dépendance excessive à l’aide extérieure affaiblit la capacité du pays à répondre souverainement aux crises internes.
« Ce sont nos citoyens. Nous ne pouvons pas toujours attendre que la communauté internationale prenne l’initiative. L’État doit agir avec fermeté et constance », martèle-t-il.
Sans justice, pas de paix durable
Au-delà des actions humanitaires et diplomatiques, la Fondation Afrique relance son plaidoyer en faveur de la création d’un Tribunal pénal international dédié aux crimes commis à l’Est de la RDC.
Pour son président, l’impunité prolongée alimente la répétition des cycles de violence et empêche toute stabilisation durable. Selon lui, la paix ne pourra être consolidée sans poursuites judiciaires contre les responsables des atrocités.
Face à l’ampleur de la crise, la Fondation Afrique appelle également la diaspora congolaise, les organisations de la société civile et les partenaires africains à renforcer les initiatives de solidarité envers les réfugiés installés au Burundi.
Plus qu’un drame humanitaire, la situation actuelle constitue, selon l’organisation, un test majeur pour la capacité de la RDC à protéger ses citoyens et à défendre leur dignité.
« La paix ne doit plus être un slogan. Elle doit devenir une réalité concrète. Nos enfants méritent de grandir dans un pays stable, pas dans des camps de réfugiés », conclut Stéphane Muadi Van.
Bosco Kiaka

