Les chefs coutumiers de la République démocratique du Congo montent au créneau contre la nouvelle loi foncière, estimant qu’elle ne garantit pas suffisamment la protection de leurs droits ni ceux des communautés autochtones. Ils ont officiellement saisi le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour lui faire part de leurs préoccupations.
Conduite par Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu, président national, et Khele Lembalemba, secrétaire général du Conseil supérieur de l’Autorité traditionnelle et coutumière (CONATC-RDC), une délégation des autorités coutumières a déposé, ce mardi 13 janvier 2026, un communiqué au Palais de la Nation ainsi qu’au ministère des Affaires foncières. Le document exprime de sérieuses réserves sur la loi foncière promulguée le 31 décembre 2025.
Une loi jugée insuffisante pour les droits coutumiers
Tout en saluant l’ordonnance présidentielle visant à sécuriser les terres coutumières – perçue comme un signal fort de la volonté politique du Chef de l’État –, les chefs coutumiers estiment que la loi reste lacunaire dans sa mise en œuvre concrète. Selon eux, plusieurs dispositions ne protègent pas suffisamment les droits historiques des chefs coutumiers ni les intérêts des communautés autochtones locales.
« L’Autorité coutumière compte sur la bonne volonté promise par la ministre des Affaires foncières, Madame Nsele O’Neige, pour la mise en place urgente d’une commission nationale », a déclaré Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu. Cette commission, selon le CONATC, devrait travailler à corriger les failles de la loi à travers des décrets et arrêtés ministériels, avant toute application susceptible de créer de nouveaux conflits.
Face à ce qu’ils considèrent comme un risque pour la paix sociale et la cohésion communautaire, les chefs coutumiers n’excluent pas des mesures fortes. Ils se réservent le droit de bloquer l’application de la loi si leurs revendications ne sont pas prises en compte, affirmant agir dans le seul but de préserver les intérêts des communautés autochtones et la stabilité des entités locales.
Malgré ce ton ferme, le message adressé au Chef de l’État reste empreint d’espoir et d’appel au dialogue institutionnel.
Dans leur communiqué, les chefs coutumiers ont également lancé un appel à leurs pairs à travers le pays, les invitant à rester unis et vigilants face aux réformes en cours.
« Aux autorités coutumières trop longtemps marginalisées et opprimées, puissions-nous espérer une année de reconnaissance institutionnelle », ont-ils déclaré, exprimant le souhait de voir enfin consacrée la place de l’autorité traditionnelle dans la gouvernance foncière et institutionnelle de la RDC.
Par cette démarche, le CONATC entend rappeler que toute réforme foncière durable en République démocratique du Congo ne peut se faire sans l’implication effective des autorités coutumières, gardiennes des terres ancestrales et piliers de la cohésion communautaire.
bosco Kiaka

