Face aux incertitudes entourant la mise en œuvre du Projet STAR-EST et la gestion du Fonds National de Réparation des Victimes (FONAREV), la Coalition pour la Défense des Intérêts des Communautés (CDIC+) s’impose désormais comme l’un des principaux porte-voix des populations touchées par les violences armées dans l’Est de la RDC.
Réunissant plusieurs organisations issues de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la coalition a signé une alerte officielle adressée au Président de la République Félix Tshisekedi afin de dénoncer ce qu’elle qualifie de « dérives inquiétantes et dangereuses » autour de mécanismes pourtant essentiels pour la paix, la stabilisation et la réparation.
La CDIC+ n’est pas une structure isolée, mais une plateforme composée de leaders communautaires, de coordinations provinciales et d’organisations locales représentatives des victimes. Parmi les signataires figurent :
Patricia Masha, Coordinatrice nationale du REDIC-RDC, Pauline Kulume, Comité consultatif inter-ethnies, Anselme Balieke, Président de PCBCF, Glorie Biringanine, Coordonnateur national de la CJCE, Irène Bashabalala Esther, Présidente nationale de FP-RDC,Guy Mukuba et Freddy Chavke d’AMEZA Congo/Canada,Bwirungu Malekera, Président de PLEN Sans Frontières, Chanceline Bahati Nonda Bagala, Synergie des Associations et Clubs, Ces acteurs, longtemps engagés dans la défense des droits des communautés affectées par les conflits, affirment aujourd’hui vouloir reprendre leur place dans le débat national sur la gestion des projets financés pour la stabilisation.
Une alerte collective face à des décisions jugées « opaques et unilatérales »
Dans leur document, les organisations signataires dénoncent principalement :
- La suspension soudaine du Projet STAR-EST
Le projet, financé par 150 millions USD par l’IDA/Banque mondiale, constituait l’un des plus grands programmes publics de stabilisation dans les zones affectées.
Selon la CDIC+ : aucune justification claire n’a été fournie sur la suspension du Mémorandum d’Entente, le transfert des bureaux à Kinshasa s’éloigne du cadre prévu, les communautés locales n’ont pas été consultées.
- Le risque de déviation du mandat initial
La coalition met en garde contre la volonté d’intégrer au projet d’autres provinces non concernées par le conflit initial, comme le Maniema, le Tanganyika ou le Kasaï.
Pour la CDIC, cela reviendrait à : marginaliser les populations véritablement touchées, diluer les fonds destinés à la réparation, encourager des « logiques de clientélisme et de favoritisme ».
- Les irrégularités présumées dans la gestion du FONAREV
Les organisations affirment avoir été alertées de potentielles anomalies graves autour de ce mécanisme censé financer la réparation des victimes de crimes graves. Elles exigent : un audit externe, une enquête indépendante, la protection stricte des fonds affectés à la réparation.
L’envoi du document à la Présidence est un acte assumé de pression citoyenne.
La coalition a également adressé des copies au : Chef du Gouvernement, Ministre des Finances, Président de l’Assemblée Nationale, Gouverneurs de l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, Représentant de la Banque mondiale en RDC.
Ce choix s’inscrit dans une stratégie visant à mobiliser toute la chaîne institutionnelle et à empêcher toute tentative d’étouffer les préoccupations exprimées.
Les signataires exigent du Président de la République Félix tshisekedi :
- Le respect strict du mandat initial du projet STAR-EST
- La protection totale des fonds destinés aux victimes
- La tenue immédiate de réunions provinciales de suivi
- La restructuration transparente des mécanismes de réparation
- L’implication formelle des communautés dans toute décision globale
Pour la CDIC +, ces mesures sont indispensables pour éviter que les projets censés soulager les victimes ne deviennent des instruments de marchandage politique ou de détournement.
les communautés victimes refusent désormais d’être spectatrices des décisions prises en leur nom. En s’unissant pour interpeller les plus hautes autorités, elles envoient un message de
la stabilisation et la réparation ne peuvent réussir sans transparence, ni participation des premiers concernés.
La réaction du gouvernement et des partenaires internationaux déterminera désormais la suite de ce dossier, dans un contexte où la gestion des fonds liés aux conflits reste un sujet particulièrement sensible en RDC.
Bosco KIAKA






