La mort de sept prisonniers depuis le début de l’année 2025 à la prison centrale de Tshela, dans le Kongo Central, révèle une nouvelle fois les failles structurelles du système carcéral en République démocratique du Congo. Derrière ces drames, se cache une crise humanitaire silencieuse, marquée par la famine, la maladie et l’abandon institutionnel.
Selon des sources locales, notamment le journaliste Roger Nsingulu, la situation s’est aggravée depuis la suspension de la subvention gouvernementale en décembre 2024. Cette aide, jusque-là essentielle pour l’approvisionnement en nourriture et en médicaments, n’a plus été versée, plongeant les détenus dans une pénurie extrême.
« Les prisonniers survivent dans des conditions inhumaines. Sans vivres, sans soins, certains meurent lentement sous nos yeux », déplore Julien Makaya, président de la société civile de Tshela, qui a lancé un appel urgent à l’aide des autorités et des organisations humanitaires.
Ce drame met en lumière le désengagement progressif de l’État vis-à-vis des établissements pénitentiaires. La plupart des prisons du pays dépendent de subventions irrégulières et d’un soutien humanitaire ponctuel, souvent assuré par des églises, des ONG ou la société civile. À Tshela, comme dans d’autres prisons du pays, les détenus sont contraints de compter sur la charité des familles ou sur la solidarité locale pour survivre.
Déjà en 2020, quatre décès avaient été enregistrés dans les mêmes conditions. Malgré les rapports, les dénonciations et les alertes, rien n’a véritablement changé. L’absence d’une politique pénitentiaire durable, la corruption, le manque de budget et la négligence administrative continuent d’entretenir un cycle de misère et de mort lente derrière les murs des prisons congolaises.
Pour plusieurs acteurs de la société civile, cette situation n’est pas seulement une urgence humanitaire, mais aussi un test moral pour l’État congolais. Ils demandent : la reprise immédiate des subventions gouvernementales aux établissements pénitentiaires ; la mise en place d’un mécanisme de contrôle régulier des conditions de détention ; et la responsabilisation des autorités locales face aux cas de négligence ou de détournement des fonds destinés à l’alimentation des détenus.
Tant que ces mesures ne seront pas prises, préviennent-ils, les prisons comme celle de Tshela continueront de se transformer en cimetières silencieux, loin des regards du grand public.
par Bosco Kiaka/ Ntemo.cd


